Politique

« La trajectoire d’Edouard Balladur offre un certain nombre de leçons aux prétendants d’aujourd’hui »

« La trajectoire d’Edouard Balladur offre un certain nombre de leçons aux prétendants d’aujourd’hui »

La disparition d’une femme ou d’un homme d’Etat, parmi ceux qui ont marqué leur époque, dit toujours, en miroir, quelque chose du présent. A l’aube d’une nouvelle campagne présidentielle, la trajectoire d’Edouard Balladur, mort le 31 août à l’âge de 97 ans, et son échec à l’élection présidentielle de 1995 offrent un certain nombre de leçons aux prétendants d’aujourd’hui.

Archi-favori, engrangeant soutiens et ralliements de la part de courtisans empressés, le premier ministre de cohabitation de François Mitterrand, entré en dissidence contre son « ami de trente ans », le président du Rassemblement pour la République (RPR), Jacques Chirac, était donné gagnant par la plupart des observateurs : « Pour l’opinion, l’élection présidentielle est déjà jouée », écrivait, le 12 janvier 1995, le politiste Jérôme Jaffré, en une du Monde. On connaît la suite, devenue un cas d’école de la vie politique française : au tréfonds des sondages à l’automne 1994, le maire de Paris amorçait sa remontée au début de l’année suivante, inversait le rapport de force fin février et se qualifiait pour le second tour face à Lionel Jospin. Edouard Balladur terminait troisième, avec 18,58 % des voix. « L’homme qui a cru devenir président », titrait Le Républicain lorrain.

Alors qu’en vue du scrutin de 2027, qui suscite une multitude de candidatures, les sondages sont érigés en juges de paix, les enseignements de 1995 incitent à une grande prudence : si elles photographient un rapport de force à un moment donné, les enquêtes de la fin de l’été annoncent rarement le vainqueur du printemps, les Français ayant de surcroît une propension à vouloir se délivrer des scénarios écrits d’avance. Les états-majors politiques ont la « jurisprudence Balladur » bien en tête, y compris au Rassemblement national, où certains s’inquiètent de voir leur candidate si haut, si loin de l’échéance. A l’inverse, pour les deux challengers d’Edouard Philippe (Horizons), Bruno Retailleau (Les Républicains) et Gabriel Attal (Renaissance), le précédent de 1995 est une raison d’espérer : ils misent sur la campagne pour inverser la tendance. Gabriel Attal, qui espère déloger Edouard Philippe de son statut de favori au sein du bloc central, s’identifie d’ailleurs explicitement à Jacques Chirac.

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