Là, un empilement de sacs de sable. Ici, une muraille de blocs de béton. Le poste de transformateurs d’Alytus, proche de la ville du même nom dans le sud de la Lituanie, a des airs de forteresse assiégée. Il faut d’ailleurs montrer patte blanche pour pouvoir pénétrer dans l’enceinte, cernée de barbelés, de ce relais technique du réseau électrique lituanien.
En cette fin du mois de juin écrasée par la chaleur caniculaire, la campagne alentour semble figée dans un calme absolu. Mais Litgrid, l’opérateur public du réseau national, ne se fait aucune illusion. « Cette installation constitue une cible privilégiée pour tout type d’attaque », assure Arturas Kuliesas, directeur d’un programme consacré à la protection des infrastructures du réseau, à l’occasion d’une visite organisée par la Commission européenne.
C’est que le centre d’Alytus est une pièce maîtresse dans la stratégie d’émancipation de Vilnius vis-à-vis de Moscou. Ici se fait la jonction avec les lignes à haute tension venues de Pologne. Une interconnexion cruciale pour le pays qui, de concert avec les deux autres Etats baltes, la Lettonie et l’Estonie, s’est débranché du réseau russe en février 2025 pour se synchroniser avec le réseau européen. Ce raccordement historique, un projet à 1,65 milliard d’euros financé aux trois quarts par l’Union européenne, s’est déroulé sans incident.
Dix-huit mois plus tard, la Lituanie n’entend guère baisser la garde. Des décennies passées sous le joug soviétique (1940-1990) et la solidarité avec l’Ukraine, en guerre contre la Russie à seulement quelques centaines de kilomètres de là, entretiennent un niveau d’alerte maximal. Un sentiment de défiance conforté par les récentes incursions de drones dans le ciel lituanien. Il s’agit donc, grâce à une stratégie tous azimuts, de blinder le réseau électrique, en cas d’attaque délibérée de Moscou contre une installation critique : barrières de béton, filets antidrones, réserves d’équipements et de composants stratégiques… Un plan de « résilience » auquel Vilnius a décidé, en 2024, de consacrer 150 millions d’euros sur cinq ans.
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