L’incident, au début d’août, impliquant un drone chargé d’explosifs à l’aéroport de Leipzig, que l’Allemagne attribue à la Russie, présente « les caractéristiques d’un acte de terrorisme soutenu par un Etat », a estimé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, mercredi 2 septembre. Mme Kallas a également annoncé la convocation du chargé d’affaires russe à Bruxelles, pour protester.
« Il s’agit d’une attaque menée avec du matériel militaire, par des agents russes, sur le sol de l’Union européenne. Nous ne la tolérerons pas », a averti la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, juste avant une rencontre à Bruxelles avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte.
La France a aussi convoqué le chargé d’affaires russe à Paris pour « protester très vivement » contre « l’attaque hybride » imputée à la Russie, a annoncé mercredi matin le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Le gouvernement français proposera de nouvelles sanctions européennes à l’encontre de navires de la flotte fantôme, ces bateaux utilisés par la Russie sous de faux pavillons pour transporter de l’énergie et d’autres marchandises, a-t-il averti.
En déplacement à Eindhoven, aux Pays-Bas, Emmanuel Macron a aussi dénoncé « la guerre hybride » menée par la Russie, tout en affichant son « soutien » et sa « solidarité » à l’Allemagne. « Il est très clair qu’une fois encore c’est une ingérence », a déclaré le président de la République française.
Le concept de guerre hybride n’est pas « juste une nuisance sur Internet », elle représente aussi « des incendies criminels, des explosions et le sabotage de trains, comme en Pologne », a réagi Radoslaw Sikorski, le ministre des affaires étrangères polonais, mercredi devant la presse.
« Passer à un niveau supérieur »
L’Allemagne a annoncé mardi des mesures de rétorsion contre la Russie, après l’avoir accusée d’avoir provoqué cet incident à l’aéroport de Leipzig, une plateforme militaire capitale pour l’armée allemande et pour l’OTAN ainsi que pour le soutien à l’Ukraine. « Dans l’ensemble, les enquêtes policières, les modes opératoires et les informations des services de renseignement démontrent une responsabilité russe dans la tentative d’attentat à l’aéroport de Leipzig », a déclaré le ministre de l’intérieur allemand, Alexander Dobrindt.
Réunis mercredi à Wicklow, près de Dublin, les chefs de la diplomatie de l’UE vont discuter « de ce qu’[ils peuvent] faire de plus », a fait savoir sur ce point Kaja Kallas. « En voyant ces attaques hybrides à travers l’Europe, je pense que ce sont aussi des signaux d’alarme pour les pays qui n’ont peut-être pas été très fermes sur ce point », a-t-elle jugé. « Si nous voulons mettre fin à cette guerre, nous devons tous concentrer nos efforts. Passer à un niveau supérieur », a-t-elle encore dit, évoquant une nouvelle série de sanctions visant individus et entités russes. « Nous avons déjà 1 600 inscriptions en préparation visant le complexe militaire de la Russie, et il est possible que d’autres soient ajoutées. »
La recrudescence d’attaques hybrides attribuées à la Russie en Europe a pour but de briser l’unité des Européens dans leur soutien à l’Ukraine, ont relevé plusieurs ministres. « Le résultat de ces tentatives est un échec et c’est même l’inverse qui s’est produit puisque notre soutien à l’Ukraine n’a cessé de se renforcer », a affirmé le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot. « La Russie doit désormais comprendre que sa voie, consistant à rechercher des solutions militaires et à imposer ses revendications par la violence, y compris par des moyens hybrides, a échoué », a déclaré son homologue allemand, Johann Wadephul.
Invité à cette réunion des Vingt-Sept, le ministre des affaires étrangères britannique, Ed Miliband, a aussi assuré l’Ukraine du soutien de son pays. « Nous voyons une tentative de la Russie de nous diviser en Europe et de nous dissuader de soutenir l’Ukraine, et je le dis aujourd’hui très clairement au nom du Royaume-Uni : cette tentative échouera », a-t-il affirmé à son arrivée à Wicklow.