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Au pèlerinage de Chartres, fleurs de lys, Sacré-Cœur et quête de sens pour des jeunes cathos « tradis », deux fois plus nombreux qu’il y a dix ans

Au pèlerinage de Chartres, fleurs de lys, Sacré-Cœur et quête de sens pour des jeunes cathos « tradis », deux fois plus nombreux qu’il y a dix ans

Dans le raidillon qui grimpe au milieu des bois, l’humidité et la chaleur coupent un peu les jambes. Les visages ruissellent, les pieds dérapent dans la boue. Pleine d’allant au départ de Choisel (Yvelines, au sud de Paris), il y a une poignée d’heures, la marche des pèlerins, samedi 23 mai, ralentit le rythme. Voici venu le moment d’entamer un « Je vous salue Marie » qui résonne sous la futaie. Ce ne sera pas le dernier. Dans le pèlerinage catholique « tradi » (pour traditionaliste) de Chartres, qui se tient à la Pentecôte depuis 1983, on vient en partie pour cela. L’effort, la « spi » (spiritualité), une certaine communauté, aussi, y compris d’idées et de pratiques religieuses. Il y a du grégorien et du latin pendant la messe, des confessions à la volée dans les chemins, de la dentelle liturgique et des prêtres aux soutanes noires ajustées. Et au-dessus de tout ceci, un engouement qui explose depuis le Covid.

A l’orée de ces trois jours, le « chapitre » (groupe constitué pour le pèlerinage et qui se retrouve d’année en année) Notre-Dame d’Orient et d’Occident sort enfin du bois et traverse des champs, encadré entre une croix (qu’il est interdit de dépasser), et une bannière tenue par Cyprien, nouveau converti à sandales. Il faut serrer au milieu, hâter le pas. Il y a une vaste foule à faire marcher sur les chemins, sur plusieurs itinéraires, pour arriver en bon ordre à Chartres. Parmi la soixantaine de personnes du chapitre Orient Occident, on entonne à présent des chants et prières en arabe ou en araméen. La formation qui ouvre la « colonne » (longue file de pèlerins) est composée, pour moitié, de chrétiens d’Orient – catholiques chaldéens, syriaques ou melkites –, originaires d’Irak, de Syrie ou du Liban, notamment.

La cathédrale gothique est encore loin, à deux jours et demi de marche, au terme d’environ cent kilomètres à pieds pour le plus grand nombre, des distances moindres pour ceux qui ne s’en sentent pas la force. Le long des chemins, de longues lignes se forment, avec drapeaux et oriflammes à fleurs de lys et Sacré-Cœur. Les pèlerins sont encadrés par l’organisation traditionaliste Notre-Dame de Chrétienté, adepte de la messe selon le rite tridentin. Codifiée au terme du Concile de Trente (en 1563), cette liturgie d’avant les réformes de Vatican II, dans les années 1960, inclut entre autres, le chant grégorien, l’usage du latin, des prières en silence, ainsi que des prêtres officiant tournés vers l’Est. Ce ne sont pas les seuls particularismes mais, en dépit de restrictions introduites par le pape François (1936-2025) en 2021, la messe tridentine demeure autorisée par Rome, et constitue un point d’ancrage de la foi « tradi » comme du pèlerinage de Chartres.

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