« Je regrette que ces personnes soient rentrées dans ma vie. Si j’avais su… » En mai 2025, devant les gendarmes du peloton motorisé de Clermont-l’Hérault (Hérault), Cédric M. déroule l’engrenage dans lequel il a mis le doigt un an plus tôt, au printemps 2024 : « Tarik est venu (…) me demander s’il pouvait passer le code pour quelqu’un d’autre. Il m’avait donné un billet de 100 euros en échange. »
Le centre de contrôle technique dans lequel est employé Cédric M. dispose d’une salle d’examen pour passer le code – une possibilité ouverte par une réforme de 2016, qui transfère l’organisation de l’examen aux opérateurs privés. Un gain financier pour l’Etat qui s’est traduit par une réduction des délais d’attente pour les candidats… et par une hausse de la triche, l’examen n’étant plus surveillé par des fonctionnaires.
Selon le syndicat majoritaire des inspecteurs et délégués du permis de conduire, Snica-FO, 40 % des examens du code de la route ont ainsi fait l’objet d’irrégularités (de la triche individuelle à la corruption d’examinateur) en 2024. L’histoire de Cédric M. raconte, aussi, comment des choix politiques comptables se transforment parfois en aubaine pour les fraudeurs. D’autant que ces derniers savent repérer des cibles dans le besoin. Avec son salaire de 1 700 euros par mois, Cédric M. peine à couvrir les frais de sa famille recomposée. Dans les semaines qui suivent, Tarik M. se présente de nouveau au centre de contrôle technique où il travaille pour passer le code à la place d’autres candidats, sans que Cédric M. ne proteste. A partir de l’hiver 2024, deux connaissances de Tarik M. se rendront à leur tour au centre d’examen pour faire de même.
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