Culture

Marjane Satrapi : « A 10 ans, je m’entraînais à devenir une prisonnière politique »

Marjane Satrapi : « A 10 ans, je m’entraînais à devenir une prisonnière politique »

L’artiste franco-iranienne, qui s’est fait mondialement connaître avec la bande dessinée « Persepolis », est morte, à l’âge de 56 ans, a annoncé son entourage jeudi. « Le Monde » l’avait rencontrée en octobre 2020. Nous republions aujourd’hui cet entretien.

Sa BD autobiographique, Persepolis (L’Association), l’a révélée au monde entier au début des années 2000. Depuis, l’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi a montré bien d’autres talents. Réalisatrice de plusieurs longs-métrages, dont Radioactive (sorti en mars) portant sur la vie de Marie Curie, elle expose jusqu’au 28 novembre ses peintures à la galerie Françoise Livinec à Paris.

Je ne serais pas arrivée là si…

Si je n’étais pas la fille de ma mère, cette femme née en 1945, dotée d’un potentiel énorme, animée d’une multitude de rêves, mais que la société iranienne n’a eu de cesse de brider. Une expression persane me vient à l’esprit quand j’évoque son destin : « Quel fantastique nageur ! Dommage qu’il n’ait eu droit qu’à une baignoire ! » Eh bien voilà. C’est tout à fait ma mère, freinée, brimée, entravée par une époque qui voyait d’un très mauvais œil que les femmes travaillent. Ça lui est resté en travers de la gorge.

Avec un sentiment de révolte ?

La révolte n’est possible que si vous pouvez vous retourner contre le responsable du gâchis. Mais le fait est qu’elle s’est autobridée, avec fatalisme, et c’est bien ça le problème. Alors elle a voulu que sa fille échappe à tout prix à ce destin. J’étais encore minuscule qu’elle avait déjà écrit le programme de ma vie, programme que j’ai exécuté point par point.

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