Sport

« En refusant à Kylian Mbappé le droit d’exprimer des opinions, l’extrême droite explicite sa conception de la liberté d’expression »

« En refusant à Kylian Mbappé le droit d’exprimer des opinions, l’extrême droite explicite sa conception de la liberté d’expression »

Depuis le début de la décennie, en particulier sous l’impulsion du mouvement Black Lives Matter (« les vies noires comptent »), on observe un regain de politisation chez les sportifs, qui se considèrent – et sont considérés – comme plus légitimes à prendre la parole. On mesure aussi les limites de cette latitude, et la vigueur avec laquelle elle est combattue.

Le footballeur Kylian Mbappé, par son refus de porter entièrement un tee-shirt en soutien aux habitants de Ceuta [enclave espagnole située en territoire marocain et théâtre, cet été, d’une crise migratoire], et le judoka Teddy Riner, en exprimant son « angoisse » face à la progression de l’extrême droite, ont pu le constater. En effet, tous deux ont été confrontés à la violence verbale de celle-ci.

Julien Odoul, député de l’Yonne et porte-parole du Rassemblement national (RN), a fustigé le « comportement de petite racaille » de l’attaquant du Real Madrid. Quant à ses homologues de l’Isère, Alexis Jolly, et de l’Eure, Kévin Mauvieux, ils l’ont qualifié respectivement d’« agent de subversion au service des ennemis des peuples européens » et de « visage de la honte ». Pour sa part, Eric Zemmour, le président de Reconquête !, l’a accusé de « solidarité islamique [avec les migrants arrivés à Ceuta] ».

En refusant à Kylian Mbappé le droit d’exprimer des opinions, l’extrême droite explicite sa conception de la liberté d’expression, qui consiste à légitimer des discours de haine, tout en cherchant à bâillonner les critiques. Malheureusement, en intimant aux sportifs de jouer et de garder le silence, elle évolue en terrain favorable.

Présomption d’imbécillité

Même s’il est assez largement admis que les artistes et autres personnalités de la société civile sont fondés à prendre part au débat public, les athlètes, infantilisés, sont exhortés à rester mutiques. On tolère déjà mal qu’ils gagnent, pense-t-on, trop d’argent. Par ailleurs, une présomption d’imbécillité pèse sur eux.

Il vous reste 62.84% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous avez peut-être manqué