L’AVIS DU « MONDE » – A VOIR
On doit à Bette Davis le surgissement d’un genre qui fit fureur dans les années 1960, la – hag pour « vieille sorcière ». Lancée par (1962), de Robert Aldrich, cette sous-catégorie du film d’horreur mettait en scène de vieilles gloires hollywoodiennes démonétisées dans des rôles de mégère psychopathe. Isolement, décrépitude, frustration maternelle ou sexuelle : l’ puise dans le réservoir des clichés liés à la vieillesse féminine, pour les étirer aux dimensions d’un conte macabre et parodique.
C’est à une résurgence du genre que l’on pense devant , de Coralie Fargeat, petit phénomène cannois reparti avec le Prix du meilleur scénario. Le film suit Elisabeth Sparkle (Demi Moore), ancienne star d’Hollywood reconvertie en vedette d’une émission d’aérobic, qui se fait virer le jour de ses 50 ans. Au bout du rouleau, elle se procure au marché noir une substance miraculeuse qui lui permettra de renouer avec sa jeunesse envolée. Une seule règle à respecter : une semaine sur deux, il faut qu’Elisabeth redevienne elle-même. Vendu : elle s’injecte l’antidote et « accouche » de Sue (Margaret Qualley), splendide créature qui jouira de tout ce que Los Angeles a à lui offrir – et en redemandera.
Absence d’ombre
Face à , le spectateur se perdra dans un labyrinthe cinéphilique qui engloutit à une vitesse folle les références pop : de la période aérobic de Jane Fonda en passant par Kubrick, De Palma, Cronenberg, (1995), de Paul Verhoeven, (1992), de Robert Zemeckis. Le cinéma de genre digéré et régurgité en longues séquences clipesques et tapageuses, gonflés d’effets dégoulinants. On reprochera au film cette mauvaise manie de souligner tout ce qu’il énonce, laissant finalement peu de chose croître dans l’ombre.
Mais si, justement, l’absence d’ombre était le sujet de ? S’il nous parlait de cela : du corps des femmes sous le soleil impitoyable du numérique et de l’image haute définition, scruté, scanné et déchiqueté par nos regards. Rarement aura-t-on vu un ancien sex-symbol (dont la carrière appartient au cinéma argentique) se laisser examiner par cette précision de l’image qui ne pardonne rien, offrant cette nudité qui n’a rien d’érotique, tout de chirurgical. Demi Moore laisse tout passer : ridules, pores, chirurgie esthétique et discipline sportive qui dissimulent mal l’inexorable travail de l’âge.
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