Masques de squelette, de sorcière ou du film Scream… Halloween devra-t-il se fêter à visage découvert cette année ? Les autorités redoutent que les masques de déguisements soient utilisés par des manifestants violents pour se dissimuler le visage lors de la journée de mobilisation sociale samedi 31 octobre.
Concrètement, le port du masque reste autorisé dans ce cadre festif, à condition de ne pas s’approcher d’une manifestation ou d’une scène de violences. Le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a prévenu : « Le prétexte de la nuit d’Halloween ne sera pas un motif légitime pour se dissimuler le visage dans l’espace public » en vue de « commettre des troubles à l’ordre public », lors de cette nouvelle journée de mobilisation, « à risque très élevé de troubles à l’ordre public ».
En cause : de « nombreux appels à rassemblements » dans la soirée pour la fête d’Halloween « qui émanent de la mouvance d’ultragauche, l’extrême gauche radicalisée et de certains sites de gilets jaunes radicalisés » dans « de nombreuses villes de France » ont été détectés sur les réseaux sociaux, a justifié le ministre.
Selon les constats du Monde toutefois, si la plupart des vidéos ou des tracts diffusés sur Instagram, TikTok, Telegram ou Signal ces derniers jours reprenaient des codes visuels d’Halloween, souvent avec une dimension humoristique, seuls très peu d’entre eux donnaient des appels concrets à de tels rassemblements.
Parmi ces derniers, des comptes associés à la carte des « gilets jaunes » du site www.17octobregiletjaune.net, qui recense actuellement 570 mobilisations dans toute la France pour le 31 octobre. Pour relayer cette carte en ligne, le collectif Peuple révolté a par exemple appelé, sur son compte Instagram le 26 octobre, à une « nuit des ténèbres » des « “gilets jaunes” et “gen Z” » avec des « rassemblements dès 20 heures sur toutes les places de France […] avec nos meilleurs déguisements d’Halloween ». Aucun de ces comptes n’appelait, toutefois, dans ses messages publics, « à commettre des pillages [ou des] saccages », comme l’a évoqué M. Nuñez jeudi soir.
« Un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende »
Sur X, la préfecture de police de Paris a rappelé les sanctions auxquelles s’expose une personne déguisée : jusqu’à 150 euros d’amende pour une dissimulation du visage dans l’espace public, c’est-à-dire comme dans les rues et les transports en commun. Cette publication fait en partie référence au premier article de la loi du 11 octobre 2010, mais elle est incomplète.
Le deuxième article de cette même loi prévoit en effet une exception à cette interdiction si le masque « s’inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles ». Ce qui est le cas pour Halloween.
Mais le mouvement des « gilets jaunes » avait poussé le gouvernement à durcir cette exception. La loi du 10 avril 2019 crée alors un régime dérogatoire punissant « le fait, pour une personne, au sein ou aux abords immédiats d’une manifestation sur la voie publique, au cours ou à l’issue de laquelle des troubles à l’ordre public sont commis ou risquent d’être commis, de dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime ».
Il est donc possible pour les forces de l’ordre de poursuivre les personnes masquées qui en porteront dans ou aux abords d’une manifestation à risque de troubles, qu’elles soient manifestantes ou simples passantes. Laurent Nuñez a même averti qu’un tel cas de figure transformerait une contravention en « délit », « puni d’une peine d’emprisonnement d’un an et 15 000 euros d’amende ». « En manifestation, ne dissimulez pas votre visage », a exhorté vendredi 30 octobre le ministère de l’intérieur dans un message sur X, à la veille de cette journée de manifestation.