Il y a d’abord eu Thibaut Pinot, en 2023, puis Romain Bardet, en 2025… Des têtes d’affiche du cyclisme français de la dernière décennie, il ne restait sur les routes que Julian Alaphilippe. Peut-être le coureur le plus emblématique, d’ailleurs, au regard de son palmarès, à commencer par ses deux titres de champion du monde, en 2020 et 2021. De ses qualités de puncheur, aussi – cette capacité à grimper efficacement dans les côtes courtes et difficiles – et de son goût pour l’attaque, qui en ont fait l’une des figures les plus populaires du peloton.
Cependant, Julian Alaphilippe, 34 ans, a, lui aussi, décidé de raccrocher, annonçant, vendredi 21 août dans un message sur Instagram, « la fin de [s]a carrière sportive », un an avant le terme du contrat qui le liait à l’équipe Tudor. « Après avoir mûrement réfléchi, j’ai eu l’honneur de clôturer ce chapitre de ma vie sur les Champs-Elysées en passant par Montmartre, à Paris, lors de la dernière étape du Tour de France », écrit-il. Quelques semaines plus tôt, il avait terminé l’épreuve dans les tréfonds du classement général (à la 125e place), loin de ses performances habituelles. « Il n’y a rien d’officiel, mais il ne faut pas s’attendre à me revoir », glissait-il alors.
Depuis sa terrible chute sur Liège-Bastogne-Liège, en 2022, Julian Alaphilippe s’efforçait de retrouver son meilleur niveau, sans jamais y parvenir. Certes, il avait renoué avec la victoire – la Faun Ardèche Classic et la deuxième étape du Critérium du Dauphiné 2023, la 12e étape du Giro l’année suivante et le Grand Prix de Québec 2025, entre autres –, mais cela restait modeste pour un champion de son acabit. II tire sa révérence sur une année blanche, son meilleur résultat étant une 5e place au Grand Prix de Gippingen (Suisse), une course secondaire.
Passé professionnel en 2013 au sein de l’équipe Quick-Step, il a écrit les plus belles lignes de son palmarès avec le « wolfpack » – « la meute de loups », surnom de la formation belge. Sa carrière prend une nouvelle dimension en 2018 grâce à sa victoire sur la Flèche wallonne, sa première grande classique, avant qu’il ne lève les bras à deux reprises sur le Tour de France, conclu avec le maillot à pois du meilleur grimpeur.
« Des bas très sombres »
Toutefois, c’est l’année suivante que Julian Alaphilippe éclôt véritablement aux yeux du public français et international, avec une série de succès de prestige : les Strade Bianche, Milan-San Remo (l’un des monuments du cyclisme, les courses les plus prestigieuses du calendrier), une nouvelle Flèche wallonne et quatorze jours passés avec la tunique jaune de leader au classement général de la Grande Boucle, dont il termine finalement 5e. Avant de connaître les sommets en devenant champion du monde sur route à Imola (Italie), en 2020, et de conserver son titre, l’année suivante, à Louvain (Belgique). Une prouesse qu’aucun de ses compatriotes n’avait accomplie avant lui.
La suite se révèle plus compliquée, notamment en raison de diverses chutes. Jusqu’à son départ houleux de la formation Quick-Step, à la fin de la saison 2024, pour tenter de se relancer avec Tudor, une équipe suisse de deuxième division, dirigée par l’ancien coureur Fabian Cancellara. « J’ai eu des hauts très hauts et des bas très sombres », expliquait-il au Monde, en mars 2025, avant le départ de Paris-Nice. « Même si mes plus belles années sont derrière moi, je suis aussi persuadé qu’il y aura de belles choses à faire, raison pour laquelle je m’entraîne dur. Je veux profiter à fond et donner le maximum pour ne pas avoir de regrets », ajoutait-il.
Néanmoins, il était pleinement conscient de l’écart de plus en plus important qui le séparait de la nouvelle génération. « J’ai une moins bonne récupération que les jeunes qui arrivent », admettait-il, le 1er juillet, à l’occasion d’une conférence de presse précédant le départ du Tour de France. Julian Alaphilippe confiait alors son rêve d’ajouter à son palmarès une 6e victoire d’étape sur la Grande Boucle, cinq ans après la dernière. Sur ce point, il aura échoué.
De l’ultime épreuve de sa carrière, on retiendra ses deux échappées infructueuses, lors des 11e et 13e journées. « C’est comme s’il n’avait qu’une ou deux cartouches. Ensuite, ses jambes s’éteignent et il est contraint de ralentir », constatait son directeur sportif, Addy Engels, auprès du journal L’Equipe. Ce qui n’empêchait pas le Néerlandais de saluer la « bonne mentalité » et l’« état d’esprit combattant » de son coureur. Des qualités qui ont aussi forgé la légende de Julian Alaphilippe, au-delà de ses titres.