Chroniques de guerre

En Ukraine, le blocage des ports de la mer Noire asphyxie les exportations de céréales

En Ukraine, le blocage des ports de la mer Noire asphyxie les exportations de céréales

Les infrastructures métalliques du port d’Odessa (Ukraine) s’étalent sur un horizon de mer dégagé. La vue est seulement troublée, de temps à autre, par le passage d’une petite embarcation militaire. Au loin, on distingue des plages bondées, en cette fin d’été, de centaines de baigneurs et de vacanciers. Un tableau paisible, s’il n’y avait ces panaches de fumée qui s’élèvent dans le ciel, traces d’un récent bombardement russe sur la côte ukrainienne de la mer Noire.

Depuis plus d’un mois, le trafic est à l’arrêt dans les trois grands ports de la région – Odessa, Tchornomorsk et Pivdenny –, les Russes ayant intensifié leurs attaques contre les routes commerciales maritimes dont dépend la très fragile économie de guerre du pays.

Si les infrastructures portuaires sont bombardées depuis le début de l’invasion à grande échelle du pays, en février 2022, les Russes ont, depuis juillet, multiplié les frappes contre les navires eux-mêmes, dissuadant les principaux armateurs de s’aventurer dans la zone. « Aujourd’hui, leur tactique consiste à traquer tous les navires qui entrent dans les ports ukrainiens ou qui en sortent », résume Dmytro Barinov, président de l’Association des ports ukrainiens, rencontré à Odessa, le 23 août.

Ce blocage des exportations tombe au pire moment, en plein pic de la moisson. En temps ordinaire, les trois ports permettent d’exporter environ 6 millions de tonnes de marchandises par mois, dont 60 % de produits agricoles et 40 % issus de l’industrie sidérurgique ukrainienne, elle aussi durement éprouvée. Les ports du Grand Odessa concentrent surtout 90 % des expéditions céréalières. Depuis début août, le pays n’en a exporté qu’environ 500 000 tonnes, soit près d’un cinquième de son potentiel, selon le ministre de l’agriculture, Taras Vysotskyi. Faute de débouchés suffisants, les autorités conseillent aux agriculteurs de stocker leur récolte, avec le risque de voir s’accumuler des millions de tonnes de grains.

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