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Dans les coulisses des prises d’otages

Dans les coulisses des prises d’otages

Le 6 mai 1988, à deux jours du second tour de l’élection présidentielle opposant François Mitterrand, président socialiste sortant, et Jacques Chirac, son premier ministre (Rassemblement pour la République), la France apprend l’issue sanglante de l’assaut de la grotte de Gossanah, dans le nord de l’île d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie. La veille, les autorités ont ordonné à près de 80 commandos de libérer par la force 23 otages, la plupart gendarmes, détenus dans un lieu inexpugnable au cœur d’une intense végétation. Les combats ont été acharnés. Résultat : 19 Kanak indépendantistes, deux militaires et quatre gendarmes ont perdu la vie, au terme d’un événement où la logique du pire l’a emporté.

Tout a débuté le 22 avril. Ce qui devait être une simple occupation de la gendarmerie de Fayaoué, dans le centre d’Ouvéa, et une prise d’otages sans violence a viré au cauchemar. Depuis 1981, la brigade avait déjà été investie à deux reprises. Le drapeau kanak avait été hissé à la place des couleurs tricolores, mais cela était resté bon enfant et avait donné lieu à une harangue sur l’indépendance et les injustices causées par la France. Les autorités avaient mis en demeure les assaillants au nom de la légalité républicaine, et l’affaire s’était terminée à l’amiable. Mais, cette fois-ci, tout a dérapé. Une trentaine de gendarmes mobiles, venus, le temps des élections, épauler leurs collègues de la territoriale, ont résisté en voulant faire respecter la loi. Quatre d’entre eux ont perdu la vie. Une quinzaine ont été conduits dans la grotte de Gossanah. Le gâchis est immense.

Vampirisée par l’enjeu de la présidentielle au sortir d’une cohabitation houleuse et d’une détérioration des relations entre pro-indépendantistes et anti-indépendantistes en Nouvelle-Calédonie, cette crise est le prix du jusqu’au-boutisme. Celui des chefs militaires et du gouvernement, qui ont fait de cette affaire un symbole d’autorité et un argument de campagne électorale, et celui des dirigeants du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui ont cru, à tort, pouvoir infléchir la position de Paris en utilisant les otages comme levier politique.

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