Livre. Dans la multitude de romans graphiques qui déboulent sur le marché pour rendre accessible et ludique des récits souvent complexes, , conçue par Laura Cappelle et Thomas Gilbertdécline certaines étapes de ce pan essentiel de la création. Ancré dans la préhistoire, le panorama cartographié par les deux auteurs brosse large, croisant art et société, sans omettre notamment les problématiques de genre.
Les premières planches plongent quarante mille ans avant notre ère au beau milieu d’un rituel de naissance où apparaissent les deux personnages et fils conducteurs du livre, Camille et Andréa, qui lui assurent sa continuité. Ces dernières évoquent le sida, qui a décimé le milieu artistique, et la Planetary Dance, une cérémonie participative de paix, conçue au début des années 1980 par l’Américaine Anna Halprin en écho aux meurtres de six femmes commis entre 1979 et 1981 sur le mont Tamalpais, situé au nord de San Francisco.
Entre les deux, la traversée proposée par cet ouvrage est longue et déborde d’événements, de rencontres et d’anecdotes. Sur le fil de onze actes, Camille et Andréa grandissent, vieillissent et se téléportent d’une époque à l’autre, cherchant la transe dans les rites grecs de Dionysos, se dissimulant derrière les masques romains, cauchemardant avec les danses macabres, enjambant tous les styles classiques, moderne et contemporain, portés par une obsession : .
Tableaux saisissants
Chaque chapitre prend le ton d’une aventure avec en tête quelques noms de figures historiques et repères comme Pierre Beauchamps, surintendant des ballets de Louis XIV, ou Marie Sallé, danseuse et l’une des premières femmes chorégraphes pour l’Opéra de Paris au début du XVIIIe siècle. De Paris à New York en passant par Saint-Pétersbourg et Copenhague, les vedettes de premier plan sont citées, parmi lesquelles Marius Petipa, Bronislava Nijinska ou Pina Bausch, mais aussi des artistes plus modestes ou relégués dans les oubliettes du temps, telle la mime romaine Galeria Copiola, sont également valorisés.
Cette adaptation en bande dessinée de l’ouvrage collectif (Seuil, 2020), dirigé par la sociologue Laura Cappelle, active une somme d’informations extrêmement variées que le scénariste et dessinateur Thomas Gilbert, auteur notamment des (Dargaud, 2018), a saisies et incarnées. En complicité avec la chercheuse et journaliste, il a su se couler dans les corps, les formes et les esthétiques (jusqu’au hip-hop et au voguing qui sont convoqués) d’un trait limpide. Thomas Gilbert sait aussi, dans des formats couvrant parfois une page entière, mettre en scène des tableaux saisissants, tel celui de l’épidémie dansante de 1518 dans la ville de Strasbourg, ou celui, plus abstrait, des envolées de Loïe Fuller surgissant de l’obscurité.
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